Stephane_DistinguinEntretien avec Stéphane Distinguin, fondateur et CEO de l’agence d’innovation faberNovel (implantée à Paris, San Francisco, New York et Moscou), président de Cap Digital, le pôle de compétitivité des contenus et filières numériques.

Quels sont les atouts de l’écosystème numérique de la métropole nantaise ?

Ce qui me marque beaucoup lorsque j’observe l’écosystème numérique nantais, c’est le mouvement qui l’anime, le meut et le propulse, son enthousiasme, sa « fraîcheur », mais aussi le nombre d’acteurs qui le compose, et qui ne fait que croître, ainsi que son côté très « grass roots ». Ensuite, il y a une forte présence, et beaucoup de bienveillance, des réseaux préexistants, comme celui, par exemple et entre autres, de la CCI Nantes Saint-Nazaire, une des seules en France que j’ai trouvée dans ces prédispositions. Une autre ligne de force qui caractérise le territoire numérique de la métropole nantaise, c’est peut-être également son côté « estuaire », qui se traduit par une grande ouverture vers l’Ouest, avec des spécificités inhérentes au fait qu’il a un pied en Bretagne et l’autre en Vendée, qui fait de lui un pays d’entrepreneurs très solidaires, et lui confère une forte identité. Pour compléter son portrait, j’ajouterais ici ses relations avec le « spectacle vivant », c’est-à-dire avec Royal de Luxe, le Lieu Unique, le festival des Allumés il y a déjà un moment, Scopitone aujourd’hui et des artistes comme Hocus Pocus, C2C, Collège et toute la scène électro nantaise qui s’exporte dans le monde entier. Ce sont de vrais atouts, de vrais modèles, une clé pour ceux qui choisissent de vivre dans la « métropole ».

Quels sont les leviers nécessaires aux écosystèmes numériques français pour se développer ?

Parlons dans un premier temps de l’économie numérique française. Elle n’a clairement pas ce qu’elle mérite. Elle se sous-estime et ne communique pas assez. Elle ressemble encore trop à un village gaulois, et surtout n’est pas assez présente sur l’échiquier international. A mon sens, c’est ce qui manque le plus pour qu’enfin on comprenne ce qui se passe chez nous, et que nous réalisions, ici, en France, nous les entrepreneurs, ce dont nous sommes capables. Je pense enfin qu’une certaine forme de paternalisme, essentiel quand il est bienveillant, n’est pas suffisamment « vécu » pour ce qu’il est, à savoir un rapport de force. Les grands, les vieux, devraient plus souvent racheté des startups, et les startups chercher -vraiment !- à détrôner ces beaucoup plus grands, beaucoup plus vieux.  C’est pourquoi les écosystèmes numériques français, notamment celui de la métropole nantaise, auraient tout intérêt non seulement à ne pas avoir QUE -voire trop ?- des TPE, mais une vraie diversité d’acteurs, à imaginer des formats de « frottement », de contact et de partage, mais aussi à être en réseau en France et à l’international, à participer aux grands évènements qui font et rythment notre industrie, et avoir des investisseurs professionnels et expérimentés -dont les réussites se lisent de manière flagrante- dans l’investissement en capital, sans parler des réseaux de business angels.

En quoi les écosystèmes numériques sont-ils l’avenir de la création d’emplois ?

Pour répondre à votre question, je dirais d’abord et sans boutade parce que ce sont eux qui détruisent le plus d’emplois. Que dire avec Whatsapp d’une application qui vaut 19 milliards de dollars et emploie…50 personnes !? Le numérique remplace des emplois, c’est une certitude et ce n’est que le début. Il existe un enjeu de souveraineté, et il s’agit de créer des digues pour réduire cette érosion. C’est en cela que les écosystèmes numériques, à Nantes ou ailleurs, sont absolument critiques. Si je regarde de façon moins défensive, je dirais que le numérique est à date le levier le plus puissant et le plus accessible, de par son coût, ses délais, les compétences qu’il requiert, pour le développement d’une activité, quelle qu’elle soit. La création d’emplois nette se fait, dans la pratique, par des entreprises de moins de cinq ans. C’est donc la création d’entreprises, a fortiori dans le numérique, que nous trouverons des emplois, des services qui favorisent indirectement la création d’autres emplois et un moyen de reprendre le contrôle de notre futur.

 

Propos recueillis par Cécile Faver